La vie, c’est gratos.

Quand on joue avec de l’argent, même du faux, il se passe toujours des choses. Parce que comprendre que la « valeur » n’est pas déterminée par le nombre d’objets…c’est vraiment pas évident. Déjà, c’est dans les « Programmes », et en général, c’est pas pour rien. Alors ce matin, je leur ai distribué des euros en pièces en papier. Ils étaient quand même surexcités. Ils les lançaient en l’air comme des pirates qui viennent de trouver un trésor. Alors je les ai laissés les lancer, faire des piles, les embrasser…puis après , on s’est mis au travail. Quand je suis arrivée à son bureau, Gaëtan m’a dit « Maitresse, l’école c’est pour être riche, moi je le sais. » J’ai demandé quelques explications. Alors en fait, l’école, c’est pour avoir un travail plus tard, donc un salaire, donc être riche. J’étais en train de me demander ce que j’allais d’abord commenter. Que l’école ça sert à autre chose que travailler plus pour gagner plus? Que le travail, des fois on n’en a pas, même si on est très fort à l’école? Que l’école ça sert à se construire, « soi »? Et puis, Latifa s’est retournée. Elle a une grosse voix cassée et elle parle tout le temps hyper fort. Elle rigole trop, elle bavarde trop, elle sourit trop, elle est très trop. Elle a envie, elle sourit, c’est une gourmande, et pourtant, elle a déjà une vie pas si simple derrière elle. Une vie qui s’est arrangée et remise dans l’ordre, même à six ans. Et là comme elle écoute tout le temps tout ce qui se passe autour, elle s’est retournée d’un coup et elle lui a dit avec un regard outré  » Non mais t’es débile, y a des trucs gratos hein! »  Oui, finalement, c’était la meilleure réponse, il y a ce qui s’achète, ce qui a un prix, la valeur des choses, et puis les trucs gratos. Et ce n’est pas contradictoire. Parce que pour Latifa, la vie a déjà un prix, et qu’elle en profite très fort.