Now…you say you’re lonely

Jamais. Je n’avais jamais vu la rentrée des maternelles, avant aujourd’hui. C’était un bouillonnement, je ne savais plus où regarder. Bien sur, il y avait certaines petites filles habillées en princesse brillantes, et d’autres qui trainaient des animaux morts en peluches, tellement sales qu’ils se confondaient avec le beau béton lissé des maternelles flambants neuves de la rénovation urbaine. Bien sur, il y avait des parents qui prenaient leurs enfants en photo avec leurs téléphones et les maîtresses qui poussaient gentiment la porte pour les fermer-dehors. Mais surtout, il y avait des petits spectacles extraordinaires partout. J’ai vu un enfant qui demandait des comptes à sa mère. Un petit de trois ans: « Mais putain, dis-moi si y aura du gâteau quoi! » Ben, je crois que les goûters c’est interdit, elle risque se faire engueuler sa mère, ce soir. A la fin de la matinée aussi, y avait un petit qui pleurait…du Cry me a River over you, sauce Hollywood. Il avait un doudou dans son sac, mais il n’a pas pensé à le sortir, et quand un adulte l’a enfin trouvé tout au fond du sac, il a hurlé « Mais j’men fouuuuussss » en pleurant encore plus. Heureusement, à midi, je sortais de la cantine, je suis passée sans faire de bruit dans le couloir en chuchotant, je parlais avec une maîtresse tout doucement devant la porte. Et quand on parle longtemps en chuchotant un peu fort, ça fait super mal à la gorge. Ca m’a rappelé les colos, sauf que là, c’était la journée. Et d’un seul coup, y a un père chef d’entreprise branché, sapé, parfumé, sauvage, qui est sorti du dortoir en disant dans un souffle: « Rho putain, c’est trop mignon, j’supporte pas ». Il avait l’air d’avoir le bouclier émotionnel un peu fissuré, là. C’est le moment où le silence est revenu. J’ai marché jusqu’à ma voiture, il y avait du soleil et c’était bizarre.