Faites des pères et des mères

titanic2Il y a des choses, on pense que les enfants adorent, et la Société l’attend et nous le matraque, alors on le fait sans y réfléchir. On se rappelle de notre fierté à porter un petit Bégonia fragile à maman ou un cendrier tout tordu à papa. Le cendrier du CE2 d’ailleurs, il est toujours « dans la famille » et on l’adore. Et quand je passe « à la maison » et que je vide les mégots à la poubelle, je revois avec émotion les lettres gravées avec un petit fil de fer en dessous. Je me rappelle de la toile cirée collante dans la salle de poterie et le bazar qui régnait quand on avait fait ça. C’était à coté de la classe, il y avait plein de manteaux aux murs et du vieux plancher par terre. Une fois aussi j’avais appris un poème de fête des mères et je m’étais énervée en le récitant parce que je voulais pas rater. J’étais fière et j’étais gênée aussi, comme ma mère. Aujourd’hui – ma mère – elle nous interdit de fête des mères. Et je comprends, parce que dans la classe, plus les années passent et plus je me dis que ça craint. Déjà, j’avais eu des doutes quand Thibaut avait fondu en larmes en dessinant sur son morceau de plastic fou. Je l’avais appelé à mon bureau et il m’avait dit, en reniflant, que c’était horrible son truc.

« J’ai fait un cœur normal », mais il trouvait ça nul. Alors, je lui ai demandé ce que sa mère elle aimait. Il est revenu avec un dessin de bateau. « C’est le Titanic qui coule. Ma mère elle adore, à cause de Léonardo Di Caprio. » Allez, va pour le naufrage, espérons qu’il lui explique…

Puis il y a eu Anthonin, il y a deux ans. On préparait une carte pour la fête des pères. Je m’approche de son bureau et il me dit: « Moi, c’est pas très gentil ce que j’ai fait comme dessin. » Je lui demande pourquoi, je vois un dessin tout foncé avec un bonhomme et des traits partout. « C’est mon père, j’l’ai fait en prison. Parce que je savais pas quoi faire. » Quelques temps plus tard, j’ai appris que papa était parti avec une autre. Alors depuis, je suis comme qui dirait tiraillée et j’ai de gros doutes. L’égalité des chances, c’est peut-être ne rien offrir et épargner à quelque-uns un moment un peu douloureux… Je ne sais pas ce que je vais faire cette année. Rien? Ça va grincer des dents chez les petits, et chez les grands aussi.