Il pleut à verse, on me demande si c’est la nuit. Non, c’est simplement un sombre lundi. Dans la cour, on fait particulièrement attention à deux petites filles, au milieu des autres. Rien ne les différencie, elles rient, courent, reviennent pleines de terre ou tombées dans les flaques. Elles ont perdu un gant et veulent le retrouver. On cherche dans la caisse des affaires perdues pleines de feuilles et on trouve, en se disant secrètement qu’on a résolu un problème qui a une solution.
La veille c’était le jour où leur père est parti pour tout la vie. D’un coup sans prévenir. Nous l’avons appris à la rentrée et ça ne donnait pas envie de fêter la galette des rois, ni rien du tout d’autre. A midi, à table, une maîtresse a dit : « La carte de bonne année, là non, déso» et le téléphone de l’école a sonné avec sa sonnerie faussement joyeuse.
La directrice et des parents d’élèves élus sont allés à l’enterrement et la vie de l’école a continué. Maintenant, je vois ce papa dans les yeux de ses filles et je me dis que bizarrement, je m’en rappellerai peut-être plus qu’elles.
De retour en classe, pas le temps de s’attrister car il y a mille urgences en cours, c’est l’avantage dans une école. Un bonhomme est resté coincé dans l’ascenseur de la maison potiron, et le doigt de Bryan également, mais dans un trou du chevalet de peinture. Je m’approche et c’est le moment où son voisin de peinture, Mohamed lui annonce ses projets: « Tu fais quoi, toi, aux vacances ? Moi, c’est décidé, je mange du porc .»
Le doigt de Bryan est décoincé et il répond que « Ouais, c’est une super idée. »